samedi 7 juin 2008

La Flaque

J'ai passé le début de soirée au bar. J'ai pris un premier verre de vin rouge puis la timidité aidant un deuxième. Une heure que le spectacle est terminé, les gens se sont naturellement répartis en petits groupes et bavardent. La populasse semble passer une bonne soirée. Il n'y a vraiment que dans mon groupe -constitué de moi seule- que l'ennui et la timidité semblent se marrer comme des baleines. Vite un verre! -Ah il n'y a plus de vin rouge? Euh... aucun problème: "Blanc sur rouge rien ne bouge!", n'est-ce pas?
J'ai souri, la personne affairée au service non. Bon! Vite un autre verre!
Il pique ce vin et puis j'ai un peu chaud! - C'est fou ce qu'il fait chaud ici!
J'ai souri, l'homme en face de moi aurait bien voulu mais visiblement il n'a pas réussi. Bon! Encore un verre, je m'y habitue à ce vin finalement par contre cette chaleur est insupportable. Je suffoque, il faut que je boive.
-Ah il n'y a plus d'eau? - Non, je vais voir s'il en reste dans la réserve. - Non ne vous dérangez pas je vais reprendre un peu de vin.
Oui je sais j'aurais dû répondre "oui merci" mais c'est la première fois depuis le début de la soirée que quelqu'un m'adresse la parole, ça m'a troublée. Bon! Un verre ne peut plus me faire de mal.
Je sens des gouttes de sueur perler sur mon front, si ça continue je vais fondre. Oui c'est ça je suis en train de me transformer en flaque. Heureusement c'est une flaque d'eau, j'espère que je ne sens pas le vin. Oh merde je suis en train de me répandre, moi qui voulais passer inaperçue, c'est franchement raté! Je grossis à vue d'oeil.
- C'est trempé ici!
- Ah, quelqu'un a probablement renversé un verre.
- Pas un seul, je dirais plutôt une carafe. Passe-moi le tas de serviettes en papier s'il te plait.
Eh voilà maintenant ils m'épongent, c'est affreusement gênant. Il faut "un tas de serviettes en papier" pour m'essuyer, j'ai honte, c'est si infantilisant. Je n'aurais pas dû boire! Je suis devenue un tas de serviettes chiffonnées et imbibées. J'ai investi un demi-salaire dans une robe de cocktail et je finis dans une poubelle de table. J'ai envie de pleurer, ce qui est la dernière chose à faire si je souhaite sécher au plus vite. Je n'aurais pas dû boire!

7 commentaires:

Fantôme de Lune a dit…

Délicieux délire :)
Il m'évoque la chanson "Squonk" de Genesis : le pauvre squonk pleure, enfermé dans un sac, et "I opened up the sack. All that I had : a pool of bubbles and tears, just a pool of tears."

Clélia a dit…

Hi hi texte savoureusement humide !! comme quoi, faut pas boire...c'est mal !

chado a dit…

:):) c'est vraiment drôle, tu m'as fait rire même si je n'en ai pas envie :)

Roxane Von Allmen a dit…

Tant mieux:)

Magda a dit…

Tant que tu n'as pas fait pipi.

amanda a dit…

comme quoi il ne faut pas boire (mmm, mouais, moi j'aime bien boire, alors...) joli texte !

stilettostetico a dit…

Suzanne, Ou l'art de la "Déchéance Fantaisiste" . . . Un Texte vraiment Savoureux !!!
ps: Mmmh Mmmh N'y aurait-il pas un léger soupçon d'ironie dans le soutien "d'Audrey Raines" ( ps: qui porte les Stilettos à MERVEILLE !!!) à la "Mannschaft" ? . . .

Au Plaisir, Antoine